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 voltaire

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mouette



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MessageSujet: voltaire   Jeu 23 Oct - 17:42

L'homme de lettres

La fonction d'homme de lettres sous l'Ancien régime ne suffit pas à assurer le prestige social et un niveau de vie décent. Voltaire, comme beaucoup d'autres, se faufile dans les allées du pouvoir et commence par briguer des pensions (du Régent, de la reine). Rares sont les carrières qui ne comportent pas, moyennant quelques serments d'allégeance, des gratifications officielles ou le soutien d'un mécène. Mais le tempérament fougueux et l'insolence de Voltaire (« je ne peux pas louer les gens sérieusement en face », 7 août 1770) l'obligent à conquérir une totale indépendance financière. Voltaire fut immensément riche, mais il doit sa fortune à des spéculations financières, des rentes viagères, des créances, plutôt qu'à sa plume.

On comprend dans ces conditions que la découverte de la politique anglaise à l'égard des gens de lettres l'ait enthousiasmé : en 1730, en Angleterre, ne rappelle-t-il pas que « le parlement s'est avisé de promettre vingt mille guinées à celui qui ferait l'impossible découverte des longitudes » ; et que la célèbre comédienne, Mlle Oldfield, vient d'être enterrée dans Westminster « avec les mêmes honneurs qu'on a rendus à Newton » (Lettres philosophiques, lettre XXIII). Que revendiquent ces critiques implicites du système français ? Sans doute des instances de légitimation du statut d'intellectuel : des entreprises collectives (l'Encyclopédie viendra à point nommé), des académies moins élitistes qui donnent à chacun sa chance, bref une consécration sociale que le seul mécénat privé ne peut offrir. Voltaire n'est pourtant pas à plaindre, lui qui fut historiographe du roi et entra à l'Académie française en 1746.

Le philosophe

Voltaire est un philosophe au sens où l'entendait son temps. Un homme de liberté et d'action qui examine les faits sous le contrôle de la raison, et dont l'analyse critique s'étend à tous les domaines de pensée, y compris la religion. Les adversaires des Lumières se définissent par rapport à ce modèle qu'ils récusent. Quand paraît le Dictionnaire philosophique de Voltaire, un Dictionnaire antiphilosophique de l'abbé Chaudon lui répond. Mais pour Voltaire l'esprit philosophique est d'abord un esprit de tolérance et de modération. L'enthousiasme excessif ne peut conduire qu'au fanatisme. « Je ne sais avec quelle fureur le fanatisme s'élève contre la philosophie. Elle a deux filles qu'il voudrait faire périr comme Calas, ce sont la Vérité et la Tolérance : tandis que la philosophie ne veut que désarmer les enfants du fanatisme, le Mensonge et la Persécution. » (Lettre à Damilaville.)

Voltaire n'est pas seulement ce défenseur pacifiste de la liberté de pensée. Sans être un vrai savant, il se tourne résolument vers des recherches positives et valorise autant les sciences et les arts que les enquêtes historiques. En revanche, il récuse volontiers les systèmes et désaprouve les métaphysiciens qui parlent tous à la fois, sans s'entendre, comme dans le dernier chapitre de Micromégas. Le vrai philosophe pour Voltaire est celui qui reconnaît son ignorance (Le Philosophe ignorant est d'ailleurs le titre d'un de ses ouvrages). Allergique aux constructions déduites a priori, Voltaire admire ceux qui apportent des réponses dictées par les résultats de la science expérimentale. Des Lettres philosophiques aux Eléments de la philosophie de Newton, Voltaire a vulgarisé le principe de l'attraction universelle, encensant Newton en qui il voit un héros de la pensée capable de percer les secrets du Créateur. Le philosophe anglais Locke a opéré dans les sciences de l'homme une mutation tout aussi importante. La treizième lettre philosophique vante ainsi les qualités de cette méthode : « Locke a développé à l'homme sa raison humaine comme un excellent anatomiste explique les ressorts du corps humain. Il s'aide parfois du flambeau de la physique ; il ose quelquefois parler affirmativement, mais il ose aussi douter ; au lieu de définir tout d'un coup ce que nous ne connaissons pas, il examine par degrés ce que nous voulons connaître. » Voltaire fut bien, à sa manière, un vulgarisateur. Il excelle à parler de science dans les exposés courts et clairs s'intégrant à la fiction des contes ou au traité didactique. Dans ces conditions, tous les moyens sont justifiés pour agrémenter l'exposé : le recours à des anecdotes savoureuses (on lui doit l'histoire de Newton et de sa pomme dans les Lettres philosophiques), la dramatisation, les métaphores énergiques.



Candide, dans le pays d'Eldorado, demande au vieillard si dans son pays il y a une religion, le brave homme « rougit un peu ». Sa réaction vive prouve que l'existence de Dieu est pour lui une évidence. De fait, Voltaire n'a jamais nié la nécessité d'un être supérieur, moins encore celle de la foi. Ne meurt-il pas en « adorant Dieu (...) et en détestant la supersitition » ? En ce sens, Voltaire se fait le disciple d'une idée peu nouvelle au XVIIIe siècle : le déisme. Il va pourtant en être le porte-parole le plus convaincu.

Dès 1730, dans son poème épique La Henriade, il écrit un hymne à la gloire du « géomètre éternel ». Dieu a créé le monde et ce monde est une merveille ; car Dieu est « architecte », « horloger », « pragmatique », autant dire philosophe... Voltaire est séduit par les théories de Locke ou de Newton qui posent Dieu comme un impératif de la raison pour résoudre l'énigme du monde (lettres XIV et XV des Lettres philosophiques). Ce Dieu-là n'a pas de nom particulier : il est un être souverain, adoré sous des formes variant selon les moeurs et les nations. Au chapitre 12 de Zadig, des convives appartenant à des races et à des religions différentes se querellent sur la valeur de leurs croyances respectives : le Celte adore le chêne Teutath, l'Egyptien le boeuf Apis, et le Chaldéen le poisson Oannès. La discussion manque de se terminer dans une tuerie sanglante quand Zadig les réconcilie tous : « Vous êtes tous du même avis, et adorez un Être supérieur. » Ce que dénonce l'allégorie, c'est la sottise des dogmes et des hommes, et non celle de Dieu. Ainsi la religion de Voltaire apparaît plutôt comme une instance morale chargée de rappeler aux hommes « qu'ils sont tous frères » (Traité sur la tolérance).

[]Les Lumières impliquent un nouveau rapport de l'homme à Dieu contre ceux qui se disent ses interprètes ou ses représentants. Le refus de confondre le spirituel et le temporel doit se traduire par un recul de l'emprise de l'église sur l'état. Mais Voltaire est également hostile à la vision janséniste et tragique de l'homme, telle que l'a exprimée Pascal. A l'homme misérable, dont la condition est prise dans l'abîme du péché originel, Voltaire oppose la vision simple et rassurante d'une créature en quête de son épanouissement. En s'attaquant au « misanthrope sublime » (c'est-à-dire Pascal), l'auteur du Mondain refuse l'angoisse existentielle, valorise l'action de l'homme dans le monde et avec ses semblables ; il légitime également l'amour propre et les passions qui poussent l'homme à faire le bien autant qu'à faire le mal. Le bonheur n'est donc plus dans un au-delà inaccessible mais ici-bas. De même, au Dieu sévère des jansénistes qui ne donne la grâce qu'avec parcimonie, Voltaire oppose la figure idéale d'un Dieu bon et d'une Providence qui peut transformer les misères en bienfaits. [/size]

[]Voltaire a donc mené la lutte sur deux fronts : contre le Dieu incarné du christianisme et ses représentants ; contre l'athéisme de ses amis philosophes, qu'il combat au nom de la raison et dont il craint les conséquences sociales.[/size]

12]Le conte voltairien joue avec nos rêveries d'enfance, caresse notre goût des fables et des prodiges, des aventures et des passions. Véritable « Sésame ouvre-toi », les premières pages des contes nous introduisent d'emblée dans un univers où tout devient possible : des animaux doués d'intelligence (Le Taureau blanc), des planètes lointaines (Micromégas), ou encore un palais aux proportions démesurées (La Princesse de Babylone). Les descriptions multiplient les invraisemblances au mépris du réalisme le plus élémentaire, et nous entraînent vers des « rivages enchantés ». Le procédé est habile et connu. Il procède d'abord d'un désir de plaire au public : en 1714, Galland traduit les Mille et une nuits, cinq ans plus tard paraît Robinson Crusoé. [/size]

Pourtant, dès les premières pages, une fêlure surgit au coeur du rêve. Le conte voltairien ne tarde jamais à démystifier son propre merveilleux. L'exotisme lui-même n'est bien souvent qu'un déguisement. Babylone, c'est Paris, et les derviches sont nos prêtres. Mais Voltaire mise aussi sur la confrontation des expériences et des cultures. Il délègue souvent ses observations à un regard étranger qui autorise l'étonnement critique. Le géant de Micromégas renvoie les terriens à leur petitesse, et nous rappelle que la grandeur d'un homme comme d'une civilisation est d'abord une affaire de proportions, de rapports, de points de vue. Le conte nous apprend ainsi la relativité des moeurs et des coutumes en partant d'une expérience concrète et physique. Les héros voltairiens ont souvent la pureté et la naïveté qui renversent la solide assurance des préjugés. Le regard détaché de Babouc, Candide, Memnon, L'Ingénu, appréhende les contradictions les moins voyantes. Le huron de l'Ingénu se rit du baptème chrétien qu'il juge ridicule, réprimande ses hôtes de leur manque de courtoisie, conteste l'intégrité des juges qui l'envoient en prison. Voltaire a compris quel instrument de critique - comme de propagande - pouvait être le conte. L'imagination la plus folle s'y allie avec la raison, parce que le monde est sage et fou à la fois.

]Certes, on pourrait adresser bien des reproches à ces ouvrages. Le tempérament et la philosophie de Voltaire ont quelquefois transformé son observation en jugement. C'est qu'au fond il conçoit l'histoire comme une pédagogie destinée non à informer les hommes du passé, mais à les instruire des erreurs à ne pas commettre ou des modèles à suivre. Tous les moyens sont permis pour former « l'esprit public ». Ainsi a-t-il exagérément flatté les civilisations chinoise, hindoue ou musulmane tout simplement parce qu'elles n'étaient pas chrétiennes. Mais il rompt du même coup avec les découpages qui reflètent la domination culturelle européenne. En élargissant le cadre géographique et la trame chronologique, il replace un événement dans son contexte historique, voire dans celui de plusieurs continents à la fois. C'est encore à lui que l'on doit la notion de « philosophie de l'histoire », expression qui investit les hommes de la responsabilité d'un devenir, celui de leur civilisation. [/size]



Le témoin de son temps
]Voltaire est né journaliste. Son goût de l'observation le poste aux aguets de tous les événements qu'il commente à chaud. Le désastre de Lisbonne, l'attentat de Damiens, la réforme des parlements... il n'est pas de sujet sur lequel il ne prononce quelques mots décisifs. Cette tendance s'accroît au fil des ans. Durant toute sa vieillesse, il dispose d'une véritable audience médiatique. Dans ses retraites suisses, il entretient un réseau de correspondants à l'échelle européenne, qu'il sait mobiliser lorsque l'actualité le demande. En vrai journaliste d'enquête, Voltaire dispose d'observateurs bien placés. Chroniqueur des erreurs judiciaires ou témoin compatissant d'une catastrophe naturelle, lui seul sait donner à un événement en apparence insignifiant une dimension universelle. L'affaire Calas montre comment, à propos d'un cas particulier, on impose à l'opinion publique la reconnaissance d'un principe. [/size]
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mini_sakima

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MessageSujet: Re: voltaire   Sam 1 Nov - 9:09

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